En 2024 cela faisait 24 ans que no-made organisait des installations dans des jardins. 23 fois à Cap-d’Ail, 21 fois à Roure et 3 fois à Antibes. 47 partages de territoires et tout à coup apparaît la notion de partage. Qu'est-ce que cela signifie, qu'est-ce qui change, et d'ailleurs est-ce que cela change, et même, est-ce que cela signifie ?
Pour tenter de répondre à ma stupéfaction, j'ai décidé d’installer à l'arboretum de Roure des postes d’observation artistiques fonctionnels (poaf), 3 en 2024 et un autre en 2025, adapté en fonction des observations de 2024 (on ne regarde plus no-made mais les artistes no-made).
Courant 2027 je devrais être en mesure de présenter les conclusions de cette étude. Voici déjà les grandes lignes de ce document en cours de rédaction.
Depuis le sorcier du mont Bego jusqu'aux jardins de Versailles,
l’art a toujours eu une place dans la nature.
Dans les jardins l’art a une fonction décorative.
● Les statues alignées
aux bord des allées servent à affirmer la puissance du propriétaire des lieux.
● Dans les lieux modestes on découvre les nains de jardin
posés sur les pelouses ou suspendus aux arbres.
● Au 20ème siècle apparaissent les panneaux publicitaires au bord des routes
(Fontaine de Duchamp nous a appris que l'esthétique est aux mains de l’industrie).
Alors que l’art avait toujours été inféodé aux commandes des puissants, les artistes acquièrent une large liberté au 20ème siècle. Pour se détacher de la tutelle des musées apparaissent des mouvements comme
● le land art
● l'installation in situ
Contrairement au land-art, les installations in-situ n'occupent pas le terrain mais tentent de dialoguer avec la nature. Parmi les interventions des artistes no-made on trouve tout à la fois des statues, des nains de jardin posés ou suspendus, des panneaux Decaux, du land-art et des installations in situ.
Le mot no-made résonne avec le ready-made de Duchamp. Mais le « no » fait-il référence à l'équivalence de Filliou ou au coefficient d’art de Duchamp ?
Duchamp, père du ready-made qui fait de l’artiste le maître absolu de l’art, a proposé dans une célèbre conférence en 1957 une tout autre vision. L’artiste propose, le spectateur avancé dispose. Les manifestations d’art proposent aux artistes un terrain d'expérimentation, laissent à l’artiste la liberté de s'exprimer et au spectateur la latitude du ressenti. Ainsi va no-made.
Mais il existe de tout autres schémas.
La liberté de l’artiste plasticien acquise au 20ème siècle est aujourd'hui partout remise en cause par les nouveaux princes qui accaparent les lieux d'exposition, la presse critique et le marché de l’art.
Les associations d'artistes se voient de plus en plus corsetées par les propriétaires des lieux d'exposition qui s'autorisent à sélectionner par avance les bons et les mauvais artistes, les bonnes et les mauvaises œuvres, les bons et mauvais matériaux, techniques, styles, couleurs, odeurs, poids ou dimensions, à leur bon vouloir.
Le propriétaire ignorant et prétentieux qui se la pète juge tout puissant du bon goût, est-ce le sombre avenir qui se dessine inexorablement ici et partout ?
L’art mérite qu’on se batte pour sa survie.
[accès au document pdf de présentation du projet : poaf]
Le thème semble être ici le partage d'un coin de nature soit en intervenant par une installation d'une œuvre d'art soit sans intervenir par une action concrète sur le lieu.
L'invitation présente en préalable le travail de scientifiques qui décrivent les lieux proposés.
Prenons un exemple. Si le thème avait été le plaisir, on comprend tout de suite que le philosophe nous aurait parlé de l'idée de plaisir, des différentes sortes de plaisir, du déplaisir etc. Le scientifique nous aurait décrit l'apparence d'une personne qui ressent du plaisir nous aurait décrit l'état de ses organes, de ses flux, et des hormones mises en jeux. L'artiste, lui, aurait tenté de nous faire ressentir, partager, un plaisir ou un autre.
Il semble donc légitime de conjecturer qu'on attend ici de l'artiste qu'il exprime ce qu'il ressent dans les lieux proposés.
Un premier ressenti trivial, il paraît évident que le donneur d'ordre attend de l'artiste une attitude laudative et qu'une expression d'ennui, de mépris ou pire de dégoût serait très mal reçue. Payons donc immédiatement notre tribu et entonnons chaleureusement et sans ironie ni arrière pensée « Ah que la nature est belle ! ».[…]
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